Mikhaïl Boulgakov à Moscou

Dès que les lecteurs passionnés du Maître et Marguerite ont localisé l’escalier du logis que Boulgakov a baptisé « l’appartement pas bien » dans son roman culte, ils ont commencé à y laisser des graffitis représentant des citations et des images de ses personnages principaux. On a longtemps lutté contre ces graffitis, mais cette lutte s’est avérée futile, et ils sont maintenant considérés comme une partie intégrante du musée ouvert ici en 2007.

L’appartement n° 50, immeuble n° 10, rue Bolchaïa Sadovaïa, est la première adresse permanente de Mikhaïl Boulgakov à Moscou. C’est sa sœur Nadejda qui l’a aidé à s’installer dans une chambre d’un appartement communautaire. Boulgakov est venu ici avec sa première épouse, Tatiana, en 1921. Les mois qui ont suivi ont été très difficiles. En février 1922, il écrit dans son journal : « C’est la période la plus noire de ma vie. Moi et ma femme, nous n’avons rien à manger […]. J’ai parcouru tout Moscou, pas de travail. Mes bottes de feutre sont abîmées. »

L’immeuble, autrefois habité par les riches Moscovites avant la Révolution, avait été nationalisé. Les vastes appartements étaient désormais attribués à des représentants du prolétariat, y compris des chômeurs. Les habitants de l’appartement n° 50 causaient souvent un vacarme insupportable, buvaient de la gnôle jour et nuit, juraient et se battaient. Anne Gorïatchev, surnommée « la Peste », qui harcelait Boulgakov le plus, figure souvent dans ses écrits. C’est cette Annouchka qui « a déjà acheté sa bouteille d’huile », si vous me comprenez.

Si le choix de Boulgakov de faire de ce lieu la demeure de Satan dans Le Maître et Marguerite s’explique aisément, la décision de réduire en cendres « l’appartement pas bien » dans le roman apparaît plus évidente encore.